Je passais ma fin de semaine au chalet. Il y a maintenant trois semaines, s’est éteint M. Martin. Il était un de ces personnages de ma vie que je croyais insubmersibles : là depuis toujours, là pour toujours. M. Martin était le voisin de mes grands-parents, autant à Laval qu’ici, à Vendée. Mon grand-père et lui avaient construit ensemble leur chalet. Toutes les fins de semaine, il y a près de 45 ans, ils montaient dans le fin fond des Laurentides et venaient s’aider mutuellement à défricher leur terrain puis à terminer leur deuxième modeste demeure. Aussi, depuis ma naissance, depuis que je viens ici, je vois M. Martin nous accueillir de son sourire rieur et de ses petites blagues de grand-père. Je l’ai toujours connu avec les cheveux complètement blancs, alors à mes yeux, il ne vieillissait pas.
Aujourd’hui, il est 8 h 30 et le lac est encore parfaitement tranquille. Aucun bateau, pédalo ou canot n’est venu troubler son silence. Je suis assise sur le quai et quand je regarde en direction du chalet des Martin, j’ai l’impression que le lac rend un dernier hommage à cet honorable propriétaire. Sa femme est revenue aujourd’hui ici pour la première fois de l’année en fin de semaine, avec son fils.
Je m’ennuierai de ces dimanches soir où nous nous arrêtions en voiture, au passage, devant leur chalet pour piquer une petite jasette de dernière minute. Où M. Martin disait immanquablement : « Mon Dieu qu’elles ont grandi ces belles filles-là » en nous envoyant un sourire.
Reposez en paix, M. Martin. Votre âme demeurera toujours en partie au lac Rognon et vous illuminerez encore nos récits des années durant.
