Avec ses grands yeux noirs et sa petite langue perpétuellement pendante, elle pouvait faire craquer n'importe qui. Licheuse compulsive, grande joueuse et féroce mangeuse de poivrons, Charly nous accueillait toujours de jappements inquiets (elle aimait prétendre qu'elle pouvait protéger ses maîtres... la bonne blague), puis d'un battement de queue surexcité quand elle nous reconnaissait. Avec une constante hésitation à descendre les marches (la pauvre était un peu paresseuse), elle nous regardait avec son air d'enfant battue pour qu'on monte la cajoler. Souvent tête en l'air, mais surtout toujours adorable et attachante, Charly a tapissé le paysage de notre enfance et de notre adolescente, à nous tous, enfants de la rue Ashton.
Mais c'est surtout la belle amitié qui liait Charly et Sammy, jeune bichon maltais d'un autre voisin, qui faisait de ces deux chiens des êtres spéciaux. Ils étaient toujours ensemble, ces deux-là. L'un allait chez l'autre et l'autre allait chez l'un. On les voyait toujours courir ensemble. Ils étaient des meilleurs amis comme on a en rarement vu. Mais l'année passée, Sammy s'en est allé lui aussi. Depuis, on voyait Charly parfois errer devant sa porte, dans l'espoir innocent qu'il soit là pour l'accueillir. Mais il n'était plus là.
Hier soir, Charly s'est endormie lentement dans les bras de Marc-André jusqu'à ne plus jamais ouvrir les yeux. Après un an, cette chienne au perpétuel coeur jeune est allée rejoindre son meilleur ami au Paradis des chiens (lieu tout à fait attesté). Et avec sa mort, Charly conclut un chapitre important de notre vie et ferme définitivement la porte de notre enfance.
Charly, nous t'avons aimée et nous nous ennuierons de toi.

