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mardi 9 novembre 2010

Petit hommage à mon métier

Est-ce possible d'aimer autant le français? Je ne pense pas. J'en suis folle amoureuse. Je pense à lui, je frémis. Il me fait sourire, me donne des papillons à l'estomac. Ceux qui pensent que la traduction est une histoire de langues se trompent grandement. La traduction, c'est l'amour passionné d'une seule langue, un amour si grand que nous souhaitons tout transférer dans cette langue. Il n'y a rien de plus satisfaisant dans la vie qu'une traduction bien faite, fluide et idiomatique.
Je ne crois pas vraiment au coup de foudre. Rien ne peut être immédiat dans la vie. Tout est dans l'apprivoisement, l'apprentissage, la découverte. Chaque jour, j'aime un peu plus mon futur métier. Chaque fois que j'ouvre un dictionnaire et que j'apprends un nouveau mot, un nouvel anglicisme ou une nouvelle règle de grammaire, j'en ai des frissons de bonheur. Vraiment.
Je ne peux pas m'approcher d'un crayon ou d'un papier sans avoir une envie tenaillante (oui, Étienne, je te vole ton "tenailler" que tu as utilisé dans l'examen de traduction. Ça m'a inspirée) d'écrire. Certains jours, je suis à l'école et je n'attends que le moment où je pourrai rédiger quoi que ce soit, de préférence mon roman, sinon mon blogue, ou encore un statut Facebook (quand je n'ai vraiment pas beaucoup de temps, haha).
Je suis en train de lire « La traduction est une histoire d'amour » de Jacques Poulin et c'est tout simplement un pur délice. Le personnage principal, traductrice comme moi (ou plutôt, comme je le serai bientôt), nous donne ses impressions sur son métier (entre autres choses) et je trouve ses observations si près des miennes que j'en suis troublée. Je ne peux pas m'empêcher de sourire lorsqu'elle dit qu'elle préfère utiliser « chaise berçante » parce que les mots offrent une plus belle musique que « berceuse » qu'on devrait utiliser. Il n'y a qu'un langagier (désolée, c'est un québécisme) qui puisse se préoccuper de ce genre de choses.
C'est une chose que j'ai remarquée. En général, tout le monde se fout, mais presque éperdument, du français. Je ne dis pas que tout le monde écrit mal. Ce n'est pas du tout le cas. Mais certaines personnes qui écrivent sans faire de fautes se fichent pas mal de savoir si une expression est un anglicisme, un québécisme ou une impropriété. Comme me l'a fait sagement remarqué ma meilleure amie, « À quoi bon? Tu me comprends, je te comprends et dans cinq ans, ce mot-là va être entré dans l'usage et accepté de tous ». C'est un fait. Quand je dis que « contrôle », « réaliser » et « développement » sont des anglicismes dans certaines de leurs acceptions, personne ne m'écoute. Même moi, je suis parfois tentée d'être lâche et d'utiliser des traductions faciles.
Mais c'est la beauté du français : la variété et la précision. Oui, on me comprend parfaitement quand je dis ces mots dans leur mauvais sens, mais on me comprend autant lorsque j'utilise des formes plus précises. Et ma pensée est plus détaillée. Car de mon point de vue, écrire bien, c'est écrire avec précision. Et j'adore les détails. Autant quand je raconte des histoires que quand j'écris des romans. C'est dans mon tempérament. J'aime les descriptions.
Alors peut-être que pour le commun des mortels, dire « contrôler » dans le sens de « maîtriser » ça ne change rien, mais pour moi, c'est toute ma vie. C'est mon futur métier, ma passion.

Alors voilà. Je me sentais l'âme à écrire ce soir. Ça me démangeait (oui, c'est encore un québécisme. Voyez comme ils sont discrets. Mais je les aime bien, ils font plus « chez-moi »).

Voici une petite citation de mon roman, pour vous réchauffer le coeur :

« Du même souffle, il citait la fameuse phrase de Heidegger : "Le langage est la maison de l'être". [...] Poussé par les questions de l'interviewer, monsieur Waterman disait que, pour lui, maison signifiait abri, refuge. Par déformation professionnelle, j'eus le réflexe de consulter le Petit Robert. [...] Au mot refuge, je trouvai la description suivante : "Petite construction en haute montagne, où les alpinistes peuvent passer la nuit." C'était à mon avis la meilleure définition du roman »

2 commentaires:

  1. Chère fille,

    Merci d'avoir pondu un si beau texte, ça m’a émue. Merci pour ton amour du français. Tu contribue, à ta façon, à rendre le monde meilleur. Je suis fière de toi (il me targue de croire qu’il y a un peu de moi là-dedans). Et ton grand-père, qui écrivait dans son journal : "Je me demande bien ce que cette petite va faire plus tard"... Le voilà rassuré. Du haut d'où il se trouve dans l'univers, il doit bien avoir une pointe de fierté, lui aussi.

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  2. Oh! Je viens de voir que j'ai fait une faute dans mon commentaire sur ton texte sur le français! "Tu contribue", pas de "s" à la fin... Gênant.

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