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jeudi 19 janvier 2012

Hommage aux études en traduction

Donc aujourd'hui je suis allée prendre ma photo de finissants. Après avoir passé près de m'étrangler avec le faux collet de chemise (nous femmes ne sommes pas habituées d'attacher le dernier bouton de la chemise), j'ai agrippé mon faux diplôme de traduction et j'ai souri pour les besoins de la cause. Tout ça me rend très nostalgique (d'avance).

Et à vous, je vous offre la liste des joies des études universitaires en traduction. Vous risquez d'être jaloux, de quitter votre programme et de vous inscrire sur-le-champ au programme de traduction. Juste un petit avertissement.

1) Les horaires qui nous permettent de dormir... souvent. Je ne suis pas une grande dormeuse, mais le simple fait de POUVOIR le faire me rend folle de joie... et ce, maintenant CINQ matins par semaine (amen).

2) Le fait que je n'ai en moyenne qu'un seul cours par session qui m'oblige à étudier pour mes examens. Le par coeur ne fait heureusement plus beaucoup partie de ma vie.

3) Les étudiants qui me ressemblent tellement. Presque tous geeks (chacun à sa façon : geeks d'informatique, geeks de jeux vidéos, geeks de lecture [MOOOOOI], geeks de films et de télé...), tous ouverts d'esprit (on aime nos étudiants étrangers), tous plus ou moins socially awkward (certains savent mieux le cacher que d'autres) et surtout tous avides de savoir (en une seule semaine, on peut passer des textes littéraires aux textes de comptabilité aux films aux textes d'ingénierie... disons qu'on est forcé d'apprendre que nous le voulions ou non sur tous les sujets). J'adore mes confrères et consoeurs (rédaction épicène, héhéhé). Ils ont tous une personnalité unique et complètement fascinante. Ce programme, c'est la revanche des geeks.

4) Notre talent inné au karaoké. Faut vraiment arrêter d'aller traduire instantanément les chansons de La Maisonnée. Tout le monde nous trouve étrange (IL TOMBE DES MÂLES! ALELUHIA), faut vraiment arrêter ça.

5) Nos soirées de party, qui se résument généralement à parler (et éventuellement, hurler de rire) autour d'une bière (payée par l'asso, HOLÉ). C'est principalement grâce à ces soirées que j'ai appris à connaître des dizaines et des dizaines de personnes (si j'avais su à 10 ans [être extrêmement timide que j'étais] qu'un jour j'allais avoir tout plein d'amis... snif, snif, je suis émue).

6) Les Jeux de la traduction, le paradis du traducteur sociable qui aime rencontrer des traducteurs de partout au Canada (c'est tellement excitant quand ils viennent d'aussi loin que le Manitoba, l'Ontario et le Nouveau-Brunswick!). On se rend alors compte qu'on est beaucoup au pays à se battre pour nos langues officielles, pour leur qualité et pour leur importance culturelle.

7) L'intelligence facebookienne des étudiants. Les étudiants en traduction sont reconnus pour leurs commentaires hilarants et toujours ô combien pertinents (dans un français parfait, s'il vous plaît), pour leurs statuts épiques (OUI, ÈVE, J'UTILISE « ÉPIQUE », bon) et pour leur engagement politique et culturel sans faille. Pour plusieurs, Facebook est un outil inutile et stupide... pour moi, il devient une plateforme de mise en commun des meilleures nouvelles des derniers jours, de jeux de mots toujours plus louches les uns que les autres et de republiage de touches humoristiques web particulièrement délicieuses. (Quoique j'ai aussi beaucoup d'amis d'autres programmes qui y contribuent).

8) L'Association étudiante. Nous avons beau être un programme, nous nous battons année après année pour offrir à nos étudiants la meilleure vie étudiante possible... et ça porte fruit! Au début de mon bac, nous étions une dizaine aux 4 @ minuit... maintenant nous sommes souvent plus de 40 (Dieu bénisse les Espagnols qui sont fidèlement présents à TOUS les événements). Nos conseils exécutifs qui se tiennent sur l'affreux divan bleu et sur les sièges défoncés du local de l'asso me manqueront! Mon mandat prendra officiellement fin dans deux mois et j'avoue que je m'ennuierai de recevoir les menaces facebookiennes de Jean-François qui veut que j'envoie les invitations aux diverses activités. Et puis, mon rôle, même si assez facile, venait avec son lot de célébrité (WOUHOU, l'accomplissement d'une vie).

9) Les longs débats linguistiques. Je me souviens particulièrement de ce cours avec Réal Paquette où nous avions passé trois heures à traduire deux phrases. Mais, mes amis, ces phrases étaient PARFAITES. Une syntaxe, une idiomaticité et une fluidité parfaites. Moi, amatrice de mots et de français, étais au paradis (dur à croire pour les non initiés, je le sais, mais tout à fait vrai).

10) Nos stages. J'entends tous mes amis qui doivent faire des stages obligatoires et non rémunérés, pendant leur session. Alors que nos stages sont optionnels (quoique fortement recommandés) et très bien rémunérés. Non seulement nous avons donc des emplois d'été de rêve, mais en plus on en ressort plus riches. Longue vie à la traduction.

11) Notre sous-statut. Pas que j'aime que les traducteurs soient sous-estimés, mais ça me permettra d'avoir une cause pour laquelle me battre dans la vie. Faire valoir les compétences des traducteurs et leur importance dans le roulement de l'économie canadienne (oh oui, j'ai dû lire un rapport de 120 pages là-dessus). Par contre, si quelqu'un me demande encore 1) combien de langues je parle, 2) de lui traduire instantanément une phrase en japonais, 3) qu'est-ce que je veux faire avec un diplôme en traduction, 4) à quoi ça sert d'apprendre les anglicismes, de toute façon ils passeront dans l'usage bientôt, 5) si tous les étudiants mâles sont gais, 6) dans combien de temps je pense que les ordinateurs réussiront à faire ce qu'on fait, 7) pourquoi je ne vais pas plutôt en interprétation, 8) si je compte traduire dans une troisième langue bientôt; je risque de hurler.

12) La complicité traductionnelle. J'ai dû travailler avec beaucoup d'étudiants et débattre sur beaucoup de mots au cours de mes études. Mais quand on trouve ces personnes avec qui on travaille parfaitement, c'est vraiment la meilleure sensation au monde. Ces personnes dont on respecte le talent et à qui on fait confiance presque les yeux fermés quant aux travaux que l'on partage. Mais qui respectent aussi nos idées et nous font confiance.

13) Notre initiation hors norme, où nous partons tous une fin de semaine dans un vieux chalet dans le fin fond des trous et où il n'y à peu près aucun bizutage (à part peut-être la fameuse course à obstacles pommes-eau-farine-poche-de-patate) et où tous les étudiants, peu importe l'année, sont les bienvenus pour accueillir les premières années. Oui, nous sommes cul-culs comme ça. Mais que seraient les traducteurs sans leurs traditions quétaines?

14) Et finalement, le mur des citations, qui regroupe les « meilleures » citations de tous les temps proférées par des étudiants ou des enseignants en traduction, parmi lesquels on retrouve quelques perles :
- « Étudiants, dans la rue, contre l'éducation », fameux lapsus de J-F durant la manif contre la hausse des frais de scolarité
- « Nous autres, on aime ça les langues », pas mal tout le monde, qui s'amusent à faire des jeux de mots douteux.
- « À tous ceux qui me disent que n'importe quel bilingue peut être traducteur, je leur réponds que ce n'est pas parce que je respire depuis ma naissance que je peux être inhalothérapeute », un professeur qui a à coeur la reconnaissance de notre travail.
Et autres blagues traductionnelles mauvaises.

Longue vie à la traduction.

P.-S. Cette liste est une ébauche. Peut-être sera-t-elle améliorée avec le temps.

4 commentaires:

  1. Plus ça change et plus c'est pareil...

    11) Après 17 ans sur le marché du travail, je me fais encore demander combien de langues je parle. Si je suis incapable de traduire instantanément une phrase hors contexte dans un domaine obscur, je me fais encore regarder d'un air condescendant qui dit "ouais, fameuse traductrice...". Je me fais dire (même par mes collègues et patrons, parfois) que la qualité du français est pas si importante et que donc un ordi pourrait sûrement le faire.

    Si tu te mets à hurler à chaque fois, t'as pas fini! Nous étions, sommes et serons des incompris.

    14) Alexis Nouss nous avait expliqué jadis que la traduction consistait à transférer le texte d'une partie de notre cerveau à l'autre et à changer la langue dans le processus. D'où la citation qui apparaissait sur notre mur à l'AÉTUM, jadis : "Traduire, c'est être schizophrène." Il y avait aussi le célèbre "La crétinerie vous guette!" de Jean-Paul Coty (Dieu ait son âme) professeur absolument fantastique de version médicale...

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  2. C'est beaucoup trop dur être traducteur; je préfère perdre mon temps dans le mou. Bravo pour ton BAC je trouve que tu es complètement à ta place! (:

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  3. bravo
    Merci pour votre article, je suis en première année et je trouve çaun poussée de courage pour continuer. merci

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  4. Contente d'avoir pu te convaincre :)! Ça fait deux ans que je travaille maintenant et je ne regrette toujours rien!

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