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samedi 24 mars 2012

Ô vie de banlieue, quand tu me tiens!

Je me rends compte qu'il y avait bien longtemps que j'avais passé tout un samedi à faire des activités exclusivement banlieusardes. Parfois, c'est plaisant. Ça me replonge dans mon adolescence. 

Bref, Marie-Lou voulait qu'on aille marcher dans le bois derrière le centre culturel de Lorraine. Ce bois-là, c'est pas mal tout ce qui nous reste de forêt dans la première couronne de la Rive-Nord. Les habitants de Lorraine se battent depuis plusieurs années pour le sauver des entrepreneurs immobiliers. Donc quand on marche là-dedans, on ne voit pas juste des sentiers et des ruisseaux, on y voit la victoire, un peu amère (les Lorrains ont dû littéralement ACHETER la forêt et en mettre le coût sur leurs taxes pour empêcher les projets immobiliers... ) des citoyens de cette ville. 

Donc on est allés marcher dans la forêt, armés de nos bottines de marche (croyez-le ou non, il reste encore de la neige là-dedans). 

Puis à notre retour, j'ai osé dire à Marie-Lou que j'avais faim. Elle m'a donc à peu près obligée à manger un yogourt grec, des raisins et elle nous a fait des muffins aux bananes-chocolat. Finalement, elle a renoncé à m'offrir un shake au chocolat avec un ajout de protéines. Si je suis un jour abandonnée en situation de survie, j'exige que Marie-Lou m'accompagne.

Puis, après un frugal souper de sushis du Sushi Shop de Bois-des-Filion (je continue de croire qu'il y a une sorte de drogue dans les sushis qui nous y rendent violemment dépendants), on est allées chercher Sara sur Henri-Bourassa pour aller au cinéma à Terrebonne. 

Pour ceux qui ne le sauraient pas, le cinéma de Terrebonne, c'est vraiment un « doucheland », principalement fréquenté par des adolescents en pleine puberté et des douchebags (mais comme vous ne pouvez même pas vous imaginez... je vous jure, ils arborent tous les signes stéréotypés) qui tiennent fièrement une quelconque bimbo par la taille. Et puis il y a nous. Parce qu'on aime bien rire de la faune banlieusarde nocturne. 

D'ailleurs, j'oublie souvent à quel point il est parfois une mauvaise idée d'aller voir un film comme Hunger Games le lendemain de sa sortie dans un cinéma comme Terrebonne. Surtout à 19 h 10, l'heure des adolescents de 13 ans qui doivent rentrer tôt parce que leurs parents viennent les chercher (la belle époque). Bref, on a été pris avec quelques charmantes adolescentes derrière nous qui ne comprenaient absolument aucune profondeur ni aucun deuxième sens. Je n'aurais jamais cru que Hunger Games puisse être un film compliqué à comprendre. Donc vous comprendrez mon exaspération quand, après la mort d'un des personnages secondaires du film, les filles d'en arrière ont dit : « Ben voyons, pourquoi elle [le personnage principal] pleure de même, faudrait qu'elle en revienne. Elle la connaissait juste depuis deux jours. » Je n'ai pas jugé nécessaire de leur parler du choc post-traumatique. Et elles ont vaillamment conclu le film par un : « J'vois pas pourquoi tout le monde en parle de même, c'était vraiment pas si bon que ça ». Je ne leur ai pas demandé si elles avaient préféré Twilight.

Bref. Comme je vous dis, la banlieue est toujours tellement excitante. Chacun ses maux. Ici, ce sont les douchebags. À Montréal, ce sont les illuminés qui te crient dans la rue : « Avez-vous un peu de monnaie, Mademoiselle? Pensez à Dieu, Mademoiselle! Il vous regarde, Mademoiselle! VOUS TERMINEREZ EN ENFER! » (y'a juste moi qui se dit chaque fois : « Challenge accepted! »?). En campagne, ce sont les fermés d'esprit. 

Mais j'avoue que j'aime bien ces fins de semaine dans ma (minuscule) ville. À croiser au moins cinq personnes que je connais quand je marche jusqu'au IGA (principal attrait touristique de la ville... sérieusement. Il est probablement le plus gros et le plus rentable de tout le Québec, ça n'a juste aucun sens). À m'arrêter à la bagelrie (mon commerce préféré de la ville) pour m'acheter du fromage à la crème aux bleuets. À compter le nombre de fois que « Bois-des-Filion » est écrit avec des erreurs sur des bouches d’égout. À ce que Jade, une amie d'enfance, s'arrête à côté de moi sur le boulevard pour me montrer sa nouvelle voiture, tout sourire.   À trouver dans le Nord Info une photo où apparaît ma soeur pendant une assemblée générale de grève du Cégep Lionel-Groulx. À devoir aller reporter le chien de mon voisin Marc-André pour la 150e chez lui (elle aime venir se promener dans notre cour). Et, surtout, à recroiser joyeusement toutes ces personnes du secondaire et du primaire en faisant semblant de ne pas les reconnaître pour ne pas avoir à leur adresser la parole (on le fait tous; je pense que c'est une entente tacite entre nous). 

Les joies de la banlieue sont infinies, je vous le dis. 

vendredi 23 mars 2012

À la manifestation

Tout est chamboulé dans notre beau pays, ces jours-ci... De un, le printemps a des problèmes de personnalité et se prend pour l'été, de deux, les étudiants universitaires et collégiens sont dans la rue.

Hier, on a pu oublier pendant quatre heures qu'encore une bonne partie des Québécois nous trouvent, dans le meilleur des cas, énervants. Dans les rues du centre-ville de Montréal, c'était la folie. De McGill à Concordia, du quartier des affaires au quartier latin, de l'UQÀM au Vieux-Port, nous étions partout. Partout, c'était du rouge et des cris. Et non, ce n'était ni Massacre à la tronçonneuse, ni un porno à thématique Saint-Valentin. C'était bel et bien une des plus grosses manifestations étudiantes qu'ait jamais vécue le Québec. Et de voir ces retraités, ces jeunes familles et ces journalistes (d'ailleurs, on a croisé Jean-François Lisée à la station Lionel-Groulx et il avait manifestement une lueur d'excitation dans le regard en nous regardant) qui nous criaient des encouragements sur les trottoirs, du haut des balcons et sur les toits des immeubles, ça faisait chaud au coeur. Sans parler des chauffeurs de métro qui nous klaxonnaient des encouragements, des policiers qui nous applaudissaient, des camionneurs de Labatt Bleue qui se faisaient aller le klaxon, des employés de l'Office québécois de la langue française qui nous incitaient à crier plus fort et de ces enfants qui avaient peinturé à la gouache rouge les fenêtres de leur garderie et nous saluaient en riant.

Tout ça, ça rend fier de faire partie du mouvement. Parce que ça nous rappelle que ce pour quoi nous nous battons, ça ne touche pas seulement les étudiants, mais toute notre société. Ce n'est pas juste de notre porte-feuille que nous nous inquiétons, mais des conséquences qu'une hausse aurait sur l'avenir du Québec. En secondaire 4, notre enseignante polonaise d'anglais nous répétait souvent : « Knowledge is the power ». Elle avait même affiché une pancarte à cet effet au-dessus du tableau. À l'époque, on comprenait bien sûr ce que ça voulait dire, mais ce n'est que par la suite que j'ai lu beaucoup sur le Québec d'il y a plus de cent ans et que j'ai vraiment compris ce que la Révolution tranquille nous avait apporté. Au Cégep, ma professeur de littérature nous répétait souvent l'ancien credo du Québec : « Qui naît petit pain meurt petit pain ». Tout un mode de pensée. Nous n'avons qu'à regarder nos propres grands-parents qui, pour la plupart, n'ont pas pu étudier plus loin que le secondaire, s'ils s'y sont même rendus... Et pourtant, beaucoup de nos grands-pères et grands-mères avaient un énorme potentiel. Bien sûr, ils ont souvent eu une vie très respectable, mais quand je repense à mon grand-père Coutu qui avait une passion sans bornes pour l'histoire et pour la littérature, je me dis qu'il aurait vraiment pu devenir un grand historien s'il l'avait pu.

Avec le gouvernement fédéral qui a aboli le registre des armes et qui remet en question le droit à l'avortement et le gouvernement provincial qui juge que les étudiants doivent faire leur juste part (comme si être sur les bancs d'école pendant quinze ans ou vingt ans pour être ensuite moins bien payé qu'un plombier n'était pas assez), on se demande vraiment si le Canada ne s'amuse pas à détruire tous ses acquis.

Et dire que notre ministre disait il y a à peine quelques semaines que ce n'est pas 5 % des étudiants en grève qui l'impressionnerait... on est rendu à 70 %. J'avoue que moi-même je n'aurais jamais cru que le mouvement prendrait autant d'ampleur. Mais hier, à la manifestation, c'était magique... Montréal était survoltée. Et de voir des gens sortir sur leur balcon en agitant un morceau de vêtement rouge, c'était vraiment touchant et ça nous a redonné foi en la société, en ces gens qui sont capables de passer outre un peu de trafic causé par le trafic. En ces gens qui ne disent PAS : « Ces jeunes ne pensent qu'à eux... s'ils savaient combien leur manifestation nous coûtera en taxe...! ». Pour leur information, nous savons tout à fait combien la manifestation coûtera en taxes. C'est une des raisons pour laquelle elle a lieu. Parce que le gouvernement ne s'énerve que quand on commence à s'en prendre à sa précieuse économie. Parce que hier, non seulement nous avions bloqué tout le centre-ville, mais même l'Université de Montréal avait décidé de suspendre toutes ses activités pour « éviter les dangers de la manifestation ».

Je trouve des fois que les politiciens manquent franchement d'imagination, à toujours proposer des solutions faciles, sans en regarder les conséquences. De toute façon, suffit de regarder leur campagne électorale pour comprendre que l'imagination, c'est pas leur fort.

Mais là, vraiment, il est un peu temps qu'ils commencent à nous prendre au sérieux. Nous ne sommes pas juste une bande d'illuminés communistes. Notre mouvement regroupe des étudiants de tous les horizons. D'ailleurs, c'était particulièrement émouvant (voir : drôle) de voir les étudiants en droit de l'Université de Montréal aller manifester en complet. Ou les médecins, les pharmaciens et les étudiants en bioméd d'y aller en sarrau. Je ne vous parlerai même pas des jeux de mots splendides du programme de littérature française de l'Université de Montréal, réputés pour avoir une imagination comme pas permise. Ou encore les architectes qui faisaient semblant de s'effondrer sous de gros cubes rouges. Ou les audiologistes qui parlaient du dialogue de sourd. Ou les ingénieurs de Polytechnique qui clamaient : « Si vous voulez que vos ponts commencent à tenir un peu, empêchez la hausse! ».

Stéphane Laporte, chroniqueur à La Presse, nous avait dit de faire des pancartes intelligentes. Il a été servi. D'ailleurs, je ne suis pas peu fière de dire qu'une des nôtres a été mentionnée dans un article de Patrick Lagacé. Sa pancarte préférée, c'était celle de traduction : « Acculer les étudiants au pied du mur, c'est un barbarisme ». On en avait plusieurs dans la même veine, du genre : « Copier le reste du Canada, c'est un anglicisme », « Accessibilité et hausse des frais ne sont ni synonymes, ni cooccurrents », « Faire porter le fardeau aux étudiants est un non-sens » ou un classique « Sorry, this sign is in English only. Traduction on strike! ». Vous voyez le genre.

Bref. Y'a des fois comme ça où je suis fière de nous, traducteurs, étudiants, Québécois. Suffit de continuer comme ça.

jeudi 15 mars 2012

La grève, la grève, c'est pas une raison pour se faire mal!

Bon, fallait que j'en parle dans au moins un billet de blogue.

Donc, comme toute personne qui me suit sur Facebook ou qui habite au Québec le sait, les temps sont difficiles pour les étudiants québécois. Mes soeurs et moi sommes maintenant toutes trois en grève, dans trois institutions scolaires différentes.

Observer les gens en temps de grève est fort fascinant. Voir toute cette colère soudaine se déployer sans avertissement, c'est parfois incroyable. Des enseignants que j'avais aimés deviennent soudainement des bêtes enragées qui ne souhaitent QU'UNE CHOSE : donner leur cours malgré la grève. Parce qu'être payé deux fois, C'EST LE DRAME (on m'a vraiment sorti cet argument).

Bref, je suis assez passive dans mon opinion sur la grève, c'est-à-dire que je fais tout pour démontrer ma solidarité, mais je ne vais pas me mettre à défendre mes opinions dans les cris et la violence. Mais en tant que coordonnatrice aux affaires internes de mon association étudiante, j'en vois vraiment des vertes et des pas mûres. Et l'expression « Ne tirez pas sur le messager » est TRÈS souvent oubliée. Alors qu'en tant qu'asso, on ne sert qu'à aider les étudiants à organiser ce pour quoi ils ont voté, on croit souvent que nous sommes les principaux instigateurs de cette grève. Alors qu'en fait, on se contente d'essayer de calmer les enseignants et les étudiants (surtout les étudiants) enragés.

Mais je pense que vous méritez certains exemples. Je m'abstiendrai de donner des noms, car même si ces personnes ont manifestement sauté une coche, je demeure persuadée que ce sont des personnes tout à fait sympathiques. Mais vraiment, certaines personnes réagissent beaucoup trop avec leurs émotions.

Par exemple, j'ai reçu un courriel l'autre jour d'une étudiante fâchée. C'était juste après que l'Assemblée (qui était quand même composée de 166 personnes, donc de plus du tiers des étudiants que nous représentons, un chiffre incroyable pour notre programme) ait voté la continuation de la grève jusqu'au 26 mars à près de 70 %. Donc on s'entend pour dire que ce sont les étudiants qui ont eux-mêmes décidé en majorité de leur sort. Alors voilà ce que je reçois en mon titre de membre de l'asso : « J'espère au moins que vous aurez une pensée pour ceux qui sont contre que vous PÉNALISEZ royalement. Vous prônez un droit en vous foutant du notre. Bravo ». Étienne avait composé une partie de message de réponse, mais j'ai préféré attendre au moins une soirée et une nuit avant de lui répondre. Si je lui avais répondu tout de suite, c'aurait été quelque chose du genre « Mange donc de la marde et va relire tes philosophes grecs qui définissent la démocratie, merci », ce qui aurait été peu professionnel. Et j'aurais probablement mentionné que de m'écrire avec des fautes de français lui enlevait toute crédibilité. Ce genre de messages, j'en ai reçu des dizaines depuis le début des discussions sur la grève. Vous pouvez donc vous imaginez que quand des personnes disent dans la rue et dans les journaux qu'on fait une grève juste pour être en vacances, je dois me retenir fortement de leur dire que je préfère cent fois rédiger un travail de trente pages sur la francisation des entreprises que de devoir répondre à des courriels de personnes qui n'ont encore rien compris au fonctionnement de la société occidentale. Si au moins j'étais une activiste, peut-être que ces messages viendraient moins me chercher. Mais nous ce droit que nous prônons depuis le début de la grève, en traduction, c'est tout simplement le droit à la démocratie, ce que je dois expliquer jour après jour aux étudiants qui nous crient des insultes dans les corridors et sur l'Internet.

Le problème dans toute cette histoire, ce sont les préjugés. Nous sommes en grève et si nous piquetons devant les classes, ce n'est pas pour « faire chier ceux qui croient au droit à l'éducation », c'est pour s'assurer que ceux qui se battent justement pour ce droit ne seront pas pénalisés par quatre « ti-counes » qui ont décidé que leur vie était DONC compliquée et qu'ils ne pouvaient pas DU TOUT avoir quatre jours d'école de plus en bout de ligne.

D'ailleurs, une dame de la maîtrise m'a hier dit devant son cours (alors que j'essayais de raisonner les étudiants qui voulaient briser le piquet de grève) : « Moi, ma p'tite fille, j'ai un vrai emploi et j'ai deux enfants! Je ne peux pas me permettre cette grève ». En mon for intérieur, je me suis dit que si elle était si pauvre que ça, elle devrait nous remercier de se battre pour la future éducation de ses enfants. Je n'ai que répondu : « Je comprends tout ça, on a tous nos obligations et on est tous pénalisés à différents niveaux ». Alors elle crie : « OH NON, toi tu n'as PAS deux enfants! ». Des arguments forts comme ça, j'aime ça. Alors j'ai répondu : « Oh, désolée madame, j'avais oublié que dans cette société, on a besoin de deux enfants pour avoir une légitimité. Je m'excuse, je range mes trucs et je m'en vais faire des enfants ». Pour le coup, elle n'a rien trouvé à répondre. Habituellement, je m'arrange pour être plus diplomate que ça. J'ai même développé un très grand sens de la diplomatie dans les dernières semaines. J'essaie d'être téteuse sur les bords et de faire semblant que je comprends la position des gens qui me chiâlent dessus.

Je ne parlerai même pas des professeurs qui ont été limite violents en ouvrant violemment des portes de classe sur nous et en nous poussant pour entrer dans les classes. Heureusement, la solidarité aide dans ces cas. Des étudiants de d'autres associations accourent toujours à notre secours et on se ramasse au moins une vingtaine devant les classes à écouter des étudiants qui veulent entrer dire : « C'est quoi, là, si j'essaie d'entrer, vous allez m'en empêcher physiquement? ». Ça me désole d'entendre ça. Les gens voient trois étudiants être violents à la télévision et après ils pensent qu'on est tous pareils. On est des étudiants collégiaux et universitaires, pardi! Depuis quand on est réputés pour être violents dans la société? Faut qu'on m'explique, vraiment. Alors on répond ce qu'on doit répondre : « Non, mais on ne bougera pas, donc tu peux toujours nous frapper jusqu'à ce qu'on soit tous au sol, mais ça sera sur ta conscience et alors tu pourras te demander qui des deux doit réévaluer sa position dans la société ».

Bien de la joie, ces derniers jours. Bien de la joie. J'ai hâte que tout ça soit fini. Je ne suis PLUS CAPABLE de devoir peser tous mes mots, de devoir convaincre des enseignants de respecter le droit de grève, de devoir convaincre des étudiants que nous ne sommes pas en train de détruire leur avenir, bien au contraire.

Heureusement, mon mandat dans l'association étudiante finit dans deux semaines. BÉNIS SOIENT LES DIEUX. Je pense que j'ai fait ma part, maintenant!

Bref, toute cette colère, ça tombe sur les nerfs un peu, à la longue. Des fois, faudrait pas oublier qu'on n'est pas démoniaques, ni d'un bord, ni de l'autre.