Bref, Marie-Lou voulait qu'on aille marcher dans le bois derrière le centre culturel de Lorraine. Ce bois-là, c'est pas mal tout ce qui nous reste de forêt dans la première couronne de la Rive-Nord. Les habitants de Lorraine se battent depuis plusieurs années pour le sauver des entrepreneurs immobiliers. Donc quand on marche là-dedans, on ne voit pas juste des sentiers et des ruisseaux, on y voit la victoire, un peu amère (les Lorrains ont dû littéralement ACHETER la forêt et en mettre le coût sur leurs taxes pour empêcher les projets immobiliers... ) des citoyens de cette ville.
Donc on est allés marcher dans la forêt, armés de nos bottines de marche (croyez-le ou non, il reste encore de la neige là-dedans).
Puis à notre retour, j'ai osé dire à Marie-Lou que j'avais faim. Elle m'a donc à peu près obligée à manger un yogourt grec, des raisins et elle nous a fait des muffins aux bananes-chocolat. Finalement, elle a renoncé à m'offrir un shake au chocolat avec un ajout de protéines. Si je suis un jour abandonnée en situation de survie, j'exige que Marie-Lou m'accompagne.
Puis, après un frugal souper de sushis du Sushi Shop de Bois-des-Filion (je continue de croire qu'il y a une sorte de drogue dans les sushis qui nous y rendent violemment dépendants), on est allées chercher Sara sur Henri-Bourassa pour aller au cinéma à Terrebonne.
Pour ceux qui ne le sauraient pas, le cinéma de Terrebonne, c'est vraiment un « doucheland », principalement fréquenté par des adolescents en pleine puberté et des douchebags (mais comme vous ne pouvez même pas vous imaginez... je vous jure, ils arborent tous les signes stéréotypés) qui tiennent fièrement une quelconque bimbo par la taille. Et puis il y a nous. Parce qu'on aime bien rire de la faune banlieusarde nocturne.
D'ailleurs, j'oublie souvent à quel point il est parfois une mauvaise idée d'aller voir un film comme Hunger Games le lendemain de sa sortie dans un cinéma comme Terrebonne. Surtout à 19 h 10, l'heure des adolescents de 13 ans qui doivent rentrer tôt parce que leurs parents viennent les chercher (la belle époque). Bref, on a été pris avec quelques charmantes adolescentes derrière nous qui ne comprenaient absolument aucune profondeur ni aucun deuxième sens. Je n'aurais jamais cru que Hunger Games puisse être un film compliqué à comprendre. Donc vous comprendrez mon exaspération quand, après la mort d'un des personnages secondaires du film, les filles d'en arrière ont dit : « Ben voyons, pourquoi elle [le personnage principal] pleure de même, faudrait qu'elle en revienne. Elle la connaissait juste depuis deux jours. » Je n'ai pas jugé nécessaire de leur parler du choc post-traumatique. Et elles ont vaillamment conclu le film par un : « J'vois pas pourquoi tout le monde en parle de même, c'était vraiment pas si bon que ça ». Je ne leur ai pas demandé si elles avaient préféré Twilight.
Bref. Comme je vous dis, la banlieue est toujours tellement excitante. Chacun ses maux. Ici, ce sont les douchebags. À Montréal, ce sont les illuminés qui te crient dans la rue : « Avez-vous un peu de monnaie, Mademoiselle? Pensez à Dieu, Mademoiselle! Il vous regarde, Mademoiselle! VOUS TERMINEREZ EN ENFER! » (y'a juste moi qui se dit chaque fois : « Challenge accepted! »?). En campagne, ce sont les fermés d'esprit.
Mais j'avoue que j'aime bien ces fins de semaine dans ma (minuscule) ville. À croiser au moins cinq personnes que je connais quand je marche jusqu'au IGA (principal attrait touristique de la ville... sérieusement. Il est probablement le plus gros et le plus rentable de tout le Québec, ça n'a juste aucun sens). À m'arrêter à la bagelrie (mon commerce préféré de la ville) pour m'acheter du fromage à la crème aux bleuets. À compter le nombre de fois que « Bois-des-Filion » est écrit avec des erreurs sur des bouches d’égout. À ce que Jade, une amie d'enfance, s'arrête à côté de moi sur le boulevard pour me montrer sa nouvelle voiture, tout sourire. À trouver dans le Nord Info une photo où apparaît ma soeur pendant une assemblée générale de grève du Cégep Lionel-Groulx. À devoir aller reporter le chien de mon voisin Marc-André pour la 150e chez lui (elle aime venir se promener dans notre cour). Et, surtout, à recroiser joyeusement toutes ces personnes du secondaire et du primaire en faisant semblant de ne pas les reconnaître pour ne pas avoir à leur adresser la parole (on le fait tous; je pense que c'est une entente tacite entre nous).
Les joies de la banlieue sont infinies, je vous le dis.

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