Bon, fallait que j'en parle dans au moins un billet de blogue.
Donc, comme toute personne qui me suit sur Facebook ou qui habite au Québec le sait, les temps sont difficiles pour les étudiants québécois. Mes soeurs et moi sommes maintenant toutes trois en grève, dans trois institutions scolaires différentes.
Observer les gens en temps de grève est fort fascinant. Voir toute cette colère soudaine se déployer sans avertissement, c'est parfois incroyable. Des enseignants que j'avais aimés deviennent soudainement des bêtes enragées qui ne souhaitent QU'UNE CHOSE : donner leur cours malgré la grève. Parce qu'être payé deux fois, C'EST LE DRAME (on m'a vraiment sorti cet argument).
Bref, je suis assez passive dans mon opinion sur la grève, c'est-à-dire que je fais tout pour démontrer ma solidarité, mais je ne vais pas me mettre à défendre mes opinions dans les cris et la violence. Mais en tant que coordonnatrice aux affaires internes de mon association étudiante, j'en vois vraiment des vertes et des pas mûres. Et l'expression « Ne tirez pas sur le messager » est TRÈS souvent oubliée. Alors qu'en tant qu'asso, on ne sert qu'à aider les étudiants à organiser ce pour quoi ils ont voté, on croit souvent que nous sommes les principaux instigateurs de cette grève. Alors qu'en fait, on se contente d'essayer de calmer les enseignants et les étudiants (surtout les étudiants) enragés.
Mais je pense que vous méritez certains exemples. Je m'abstiendrai de donner des noms, car même si ces personnes ont manifestement sauté une coche, je demeure persuadée que ce sont des personnes tout à fait sympathiques. Mais vraiment, certaines personnes réagissent beaucoup trop avec leurs émotions.
Par exemple, j'ai reçu un courriel l'autre jour d'une étudiante fâchée. C'était juste après que l'Assemblée (qui était quand même composée de 166 personnes, donc de plus du tiers des étudiants que nous représentons, un chiffre incroyable pour notre programme) ait voté la continuation de la grève jusqu'au 26 mars à près de 70 %. Donc on s'entend pour dire que ce sont les étudiants qui ont eux-mêmes décidé en majorité de leur sort. Alors voilà ce que je reçois en mon titre de membre de l'asso : « J'espère au moins que vous aurez une pensée pour ceux qui sont contre que vous PÉNALISEZ royalement. Vous prônez un droit en vous foutant du notre. Bravo ». Étienne avait composé une partie de message de réponse, mais j'ai préféré attendre au moins une soirée et une nuit avant de lui répondre. Si je lui avais répondu tout de suite, c'aurait été quelque chose du genre « Mange donc de la marde et va relire tes philosophes grecs qui définissent la démocratie, merci », ce qui aurait été peu professionnel. Et j'aurais probablement mentionné que de m'écrire avec des fautes de français lui enlevait toute crédibilité. Ce genre de messages, j'en ai reçu des dizaines depuis le début des discussions sur la grève. Vous pouvez donc vous imaginez que quand des personnes disent dans la rue et dans les journaux qu'on fait une grève juste pour être en vacances, je dois me retenir fortement de leur dire que je préfère cent fois rédiger un travail de trente pages sur la francisation des entreprises que de devoir répondre à des courriels de personnes qui n'ont encore rien compris au fonctionnement de la société occidentale. Si au moins j'étais une activiste, peut-être que ces messages viendraient moins me chercher. Mais nous ce droit que nous prônons depuis le début de la grève, en traduction, c'est tout simplement le droit à la démocratie, ce que je dois expliquer jour après jour aux étudiants qui nous crient des insultes dans les corridors et sur l'Internet.
Le problème dans toute cette histoire, ce sont les préjugés. Nous sommes en grève et si nous piquetons devant les classes, ce n'est pas pour « faire chier ceux qui croient au droit à l'éducation », c'est pour s'assurer que ceux qui se battent justement pour ce droit ne seront pas pénalisés par quatre « ti-counes » qui ont décidé que leur vie était DONC compliquée et qu'ils ne pouvaient pas DU TOUT avoir quatre jours d'école de plus en bout de ligne.
D'ailleurs, une dame de la maîtrise m'a hier dit devant son cours (alors que j'essayais de raisonner les étudiants qui voulaient briser le piquet de grève) : « Moi, ma p'tite fille, j'ai un vrai emploi et j'ai deux enfants! Je ne peux pas me permettre cette grève ». En mon for intérieur, je me suis dit que si elle était si pauvre que ça, elle devrait nous remercier de se battre pour la future éducation de ses enfants. Je n'ai que répondu : « Je comprends tout ça, on a tous nos obligations et on est tous pénalisés à différents niveaux ». Alors elle crie : « OH NON, toi tu n'as PAS deux enfants! ». Des arguments forts comme ça, j'aime ça. Alors j'ai répondu : « Oh, désolée madame, j'avais oublié que dans cette société, on a besoin de deux enfants pour avoir une légitimité. Je m'excuse, je range mes trucs et je m'en vais faire des enfants ». Pour le coup, elle n'a rien trouvé à répondre. Habituellement, je m'arrange pour être plus diplomate que ça. J'ai même développé un très grand sens de la diplomatie dans les dernières semaines. J'essaie d'être téteuse sur les bords et de faire semblant que je comprends la position des gens qui me chiâlent dessus.
Je ne parlerai même pas des professeurs qui ont été limite violents en ouvrant violemment des portes de classe sur nous et en nous poussant pour entrer dans les classes. Heureusement, la solidarité aide dans ces cas. Des étudiants de d'autres associations accourent toujours à notre secours et on se ramasse au moins une vingtaine devant les classes à écouter des étudiants qui veulent entrer dire : « C'est quoi, là, si j'essaie d'entrer, vous allez m'en empêcher physiquement? ». Ça me désole d'entendre ça. Les gens voient trois étudiants être violents à la télévision et après ils pensent qu'on est tous pareils. On est des étudiants collégiaux et universitaires, pardi! Depuis quand on est réputés pour être violents dans la société? Faut qu'on m'explique, vraiment. Alors on répond ce qu'on doit répondre : « Non, mais on ne bougera pas, donc tu peux toujours nous frapper jusqu'à ce qu'on soit tous au sol, mais ça sera sur ta conscience et alors tu pourras te demander qui des deux doit réévaluer sa position dans la société ».
Bien de la joie, ces derniers jours. Bien de la joie. J'ai hâte que tout ça soit fini. Je ne suis PLUS CAPABLE de devoir peser tous mes mots, de devoir convaincre des enseignants de respecter le droit de grève, de devoir convaincre des étudiants que nous ne sommes pas en train de détruire leur avenir, bien au contraire.
Heureusement, mon mandat dans l'association étudiante finit dans deux semaines. BÉNIS SOIENT LES DIEUX. Je pense que j'ai fait ma part, maintenant!
Bref, toute cette colère, ça tombe sur les nerfs un peu, à la longue. Des fois, faudrait pas oublier qu'on n'est pas démoniaques, ni d'un bord, ni de l'autre.

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